Parix-Roubaix, bien plus qu'une course cycliste

La Paris–Roubaix est bien plus qu’une course cycliste. C’est une épreuve extrême qui met à l’épreuve non seulement les coureurs, mais également les mécaniciens, les soigneurs et le staff médical. Les vélos y subissent des contraintes mécaniques probablement uniques dans le calendrier professionnel, tandis que les athlètes doivent faire face aux vibrations incessantes des secteurs pavés, aux chutes, à la poussière et à une fatigue physique considérable. Participer à cette course, c’est entrer, même brièvement, dans la légende de «l’Enfer du Nord».
 
La journée débute très tôt, et l’on sait immédiatement qu’elle sera longue. Le départ à Compiègne, lieu emblématique de l’histoire européenne et des armistices de 1918 et 1940, confère déjà à cette journée une dimension particulière. La pluie tombée la veille a rendu les pavés encore plus glissants, même si un soleil timide accompagne finalement le départ de la course. Les derniers bandages sont préparés, certaines plaies sont protégées une dernière fois, dans l’espoir qu’ils résistent le plus longtemps possible aux conditions de course.
 
Le rôle du médecin d’équipe dans une compétition cycliste dépasse largement le simple cadre médical. Intégré pleinement au fonctionnement du staff, il participe également à la logistique de course. Durant Paris–Roubaix, cela signifie souvent accompagner une voiture de ravitaillement chargée de distribuer bidons et gels énergétiques le long du parcours. On traverse alors la campagne picarde en suivant la progression de la course et en franchissant soi-même les célèbres secteurs pavés, déjà impressionnants lorsqu’on les parcourt en voiture à 40 km/h, et presque inimaginables lorsque l’on pense aux vitesses atteintes par les coureurs.
 
Les zones de ravitaillement se situent fréquemment à la sortie des secteurs pavés. Avant même de voir le peloton arriver, on entend la course: le bruit, les hélicoptères, puis le nuage de poussière qui annonce les coureurs. Dans l’intensité du moment, il faut rapidement identifier les siens afin de leur transmettre le ravitaillement et les informations dans un laps de temps extrêmement court.
 
À bord des véhicules, la radio et les écrans de suivi restent allumés en permanence. Chaque annonce de chute ou de problème mécanique attire immédiatement l’attention du staff médical. Lorsqu’un incident survient, une autre partie du travail commence: coordonner les informations, identifier l’hôpital vers lequel un coureur blessé sera transféré et organiser sa prise en charge médicale. Sur une course de près de 260 kilomètres traversant de nombreuses villes, cette logistique peut rapidement devenir complexe.
 
Cette année, heureusement, malgré plusieurs incidents de course, tous nos coureurs ont pu rallier l’arrivée. Et terminer Paris–Roubaix reste déjà, en soi, une performance majeure. Entrer dans le vélodrome de Roubaix, entendre le public et voir les athlètes accomplir encore un sprint final après plus de six heures d’effort constituent un moment particulièrement marquant.
 
À l’arrivée, le travail médical ne s’arrête évidemment pas. Le bus de l’équipe devient un véritable centre de soins temporaire: premiers examens cliniques, traitements antalgiques et anti-inflammatoires, pansements, soins des plaies ou évaluation des traumatismes liés aux chutes. Dans ce type d’épreuve, les problématiques médicales sont variées: exposition prolongée au froid et à la pluie, allergies printanières, déshydratation, traumatismes musculo-squelettiques et, surtout, blessures liées aux chutes. Les commotions cérébrales représentent aujourd’hui un sujet central dans le cyclisme professionnel. Des examens complémentaires et des radiographies sont fréquemment nécessaires. La gestion médicale devient alors également organisationnelle: les coureurs voyagent énormément, et il faut parfois coordonner des examens hospitaliers avec des déplacements déjà planifiés, voire décider si un athlète est médicalement autorisé à voyager après la course.
Cette première expérience sur Paris–Roubaix restera pour moi particulièrement marquante. Après des années passées à suivre cette course à la télévision, avoir eu la possibilité de la vivre de l’intérieur, au sein d’une équipe professionnelle, a constitué une expérience humaine, sportive et médicale exceptionnelle.
 
 

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Dre Elena Albertazzi - Orthopédie générale - Lausanne
Chirurgie du membre supérieur